Interview de Richard MORIN : « Nous devons rassurer nos partenaires assureurs »
Entre le diagnostic et l’assurance, les relations n’ont jamais été très simples. Aujourd’hui, l’histoire se répète : l’offre se réduit et les primes repartent à la hausse. Face à ce durcissement du marché, SIDIANE se mobilise. Entretien.
Entre Allianz, qui ne souhaite plus souscrire de nouveaux contrats, et Klarity qui annonce une hausse des franchises, le contexte se durcit. Êtes-vous surpris ?
« Non, malheureusement. Ce qui se passe était prévisible. Nous payons aujourd’hui le prix de la contre-publicité dont souffre le DPE. Le battage médiatique autour du diagnostic et la cacophonie qui a régné dans la profession pendant des mois laissent des traces. Forcément, cela inquiète les assureurs. Depuis plusieurs années maintenant, les réclamations liées au DPE explosent. Certains assureurs ont vu leur ratio sinistres/primes augmenter considérablement, au point de devenir parfois déficitaire. Je ne suis donc guère surpris de ces réactions. »
La hausse des primes est-elle inéluctable ?
« C’est inévitable. Un diagnostiqueur peut avoir le sentiment de payer trop cher, mais il faut aussi rappeler que, pendant des années, les tarifs étaient excessivement bas. C’étaient des prix d’appel, sans rapport avec le risque réel. Quand un assureur est condamné à verser 150 000 euros, imaginez le nombre de primes nécessaires pour retrouver l’équilibre ! Les tarifs pratiqués durant des années n’étaient pas sérieux. »
Quelles mesures prend SIDIANE ?
« Notre commission montre que nous sommes acteurs. Notre objectif est de garantir à tous les cabinets un accès à une RC Pro auprès d’assureurs de qualité. Si les indépendants ne parviennent plus à s’assurer, les conséquences seront catastrophiques.
Nous devons donc dialoguer avec nos partenaires et les rassurer. Au sein de la commission, nous échangeons avec les principaux acteurs du marché. C’est essentiel pour mieux comprendre la sinistralité. Nous voulons aussi faire reconnaître les efforts de professionnalisation accomplis ces dernières années, notamment en matière de formation et de certification. La montée en compétences est réelle. Ce travail de fond doit permettre de mieux faire comprendre notre activité aux assureurs et de dédramatiser la situation. »
C’est assez paradoxal : plus les diagnostiqueurs montent en compétences, plus les sinistres se multiplient…
« Ce phénomène n’est pas propre au diagnostic. Nous sommes dans un contexte de judiciarisation croissante, où les particuliers n’hésitent plus à faire jouer leur protection juridique, pas toujours à bon escient et parfois par pur opportunisme. Le DPE, qui souffre d’une image exécrable, peut apparaître comme un moyen de faire financer des travaux. La moindre erreur est recherchée. Quand on examine la sinistralité, on constate de nombreuses réclamations non fondées, parfois même disproportionnées. Or, même si toute réclamation ne finit pas au judiciaire, elle a un coût. Il faut donc désamorcer les litiges rapidement. »
La gestion des réclamations est-elle aujourd’hui satisfaisante ?
« Clairement, non. Parce qu’ils estiment la réclamation infondée, certains diagnostiqueurs ne répondent pas, ou le font maladroitement. Pourtant, quelques réflexes sont essentiels : ne jamais laisser une réclamation sans réponse, ne pas reconnaître une éventuelle erreur… L’assureur ou le courtier peut alors apporter une aide précieuse. Mais le diagnostiqueur hésite à solliciter son assurance par crainte de devoir payer une franchise. Résultat : on fait parfois pire que mieux.
Nous devons professionnaliser la gestion des réclamations. C’est aussi un travail mené par SIDIANE avec les assureurs : mieux accompagner les diagnostiqueurs lorsqu’un litige survient, afin d’en limiter les conséquences et d’améliorer la sinistralité. »