Malgré une large majorité d’avis défavorables exprimés lors de la consultation publique, le gouvernement vient d’officialiser par arrêté une nouvelle baisse du coefficient d’énergie primaire de l’électricité, qui passera de 1,9 à 1,7 au 1 er janvier 2027. SIDIANE prend acte de cette décision, mais interpelle les pouvoirs publics sur ses conséquences pour la confiance dans le DPE.
Une valeur physique ne se décrète pas
SIDIANE rappelle que le coefficient d’énergie primaire repose sur une réalité physique et énergétique. Sa détermination ne peut donc être déconnectée de considérations techniques et scientifiques.
Que le gouvernement souhaite accompagner l’électrification des usages ou mieux prendre en compte les caractéristiques du mix électrique français peut parfaitement s’entendre. Mais cela ne répond pas à une question essentielle : pourquoi ce coefficient de 1,7 ? Nous déplorons l’absence d’éléments techniques et scientifiques permettant de justifier précisément cette nouvelle valeur.
2,3 en 2025, 1,9 aujourd’hui, et demain 1,7. En deux ans, la valeur utilisée dans le calcul du DPE aura ainsi été modifiée à deux reprises, avec des conséquences très concrètes sur le classement des logements.
Deux évolutions en douze mois : quel bilan ?
Cette nouvelle évolution interroge d’autant plus qu’aucun bilan de la précédente réforme de janvier 2026 n’est, à notre connaissance, venu en mesurer les effets. Combien de logements ont changé d’étiquette ? Combien sont sortis des classes F et G ? Quels effets cette évolution a-t-elle eus sur le marché de la location ou les décisions de rénovation ? Nous aurions aimé que ces enseignements soient publiés avant une nouvelle modification du
coefficient.
À défaut, le CEP donne le sentiment d’être devenu une variable d’ajustement, permettant d’accompagner les évolutions de la politique énergétique ou de desserrer la contrainte pesant sur le parc locatif.
Une nouvelle épreuve pour la crédibilité du DPE
C’est là que se trouve sans doute le principal risque. Car la baisse du CEP entraîne mécaniquement une amélioration de l’étiquette de centaines de milliers de logements. Certains sortiront des catégories F ou G sans que les moindres travaux n’aient été réalisés, sans que leur consommation réelle ne soit diminuée et sans que la facture ne soit allégée pour les occupants.
À force de modifier ses paramètres, on prend le risque de brouiller le message et d’alimenter les critiques dont le diagnostic fait déjà l’objet. C’est tout le paradoxe d’une politique qui entend restaurer la confiance dans le DPE mais qui fait sans cesse évoluer les règles.
Le mal est fait. Dont acte.
Il serait aujourd’hui illusoire d’imaginer un retour en arrière, alors même que certains plaident déjà pour aller plus loin dans la baisse du CEP. Dont acte. Mais cette situation rend d’autant plus nécessaire un accompagnement clair de la réforme par les pouvoirs publics.
Il lui appartient désormais de faire en sorte que cette évolution soit comprise, et notamment que les changements d’étiquette qui en découleront ne soient pas interprétés comme un manque de fiabilité du DPE.
Le diagnostiqueur ne peut pas se retrouver, une nouvelle fois, seul en première ligne face à l’incompréhension des propriétaires et même des professionnels de l’immobilier. Cette clarification des pouvoirs publics est d’autant plus importante que le gouvernement avait lancé, au printemps 2025, à grands renforts de communication, un vaste plan destiné à restaurer la confiance des Français dans le DPE. Il serait pour le moins paradoxal qu’un an plus tard, les diagnostiqueurs se retrouvent seuls à devoir expliquer aux propriétaires pourquoi leur logement a changé de classe sans avoir changé.
La confiance dans le DPE ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, avec une méthode lisible, des règles compréhensibles et une information partagée entre l’État, les professionnels et les Français.