Le thème du logement prend une place singulière — et légitime — à l’approche des élections présidentielles. Mais les solutions exposées dans les médias passent souvent par un détricotage en règle de la loi Climat et résilience.

Dans une interview récemment accordée à Quotidiag, le député Falcon, le « Monsieur logement » du RN évoque un DPE rendu à sa seule valeur informative, un projet de plan pluriannuel de travaux qui deviendrait facultatif, de même que l’audit énergétique réglementaire. Dans un marché immobilier pour le moins morose, les effets seraient forcément mortifères pour notre filière.

Certes, le contexte dans lequel a été votée la loi Climat et résilience a beaucoup évolué depuis 2021. Et sans doute la loi était-elle empreinte d’optimisme — pour ne pas dire de naïveté — lorsqu’elle a imaginé que tous les logements qualifiés de passoires énergétiques rentreraient sagement dans le rang et seraient rénovés à temps pour les échéances de 2025 ou de 2028.

Alors qu’au 1er janvier 2028, des centaines de milliers de logements classés F seront à leur tour concernés par les restrictions de location, des aménagements et des assouplissements sont naturellement indispensables. Dans une crise du logement qui s’aggrave encore en cette fin d’année, il est urgent de desserrer l’étau autour des propriétaires et de redonner de l’oxygène au marché immobilier. Nous en avons pleinement conscience. Mais le retour en arrière et le détricotage systématique de la loi Climat et résilience ne paraissent pas une bonne option. La crise du logement appelle des réponses concrètes sur le financement, l’offre, la rénovation et l’accompagnement des propriétaires. La suppression des outils qui permettent de connaître l’état du parc ne résoudra aucun de ces problèmes de fond.

Mais si les diagnostics sont aujourd’hui si facilement présentés comme des contraintes dont il faudrait se débarrasser, c’est peut-être aussi parce que nous n’avons pas suffisamment expliqué à quoi ils servent. Il y a sans doute une erreur originelle, à laquelle les diagnostiqueurs ont parfois contribué par leur propre communication : avoir laissé s’installer l’idée que les diagnostics ne seraient que des obligations réglementaires, des formalités
supplémentaires dans un parcours immobilier déjà complexe. Les pouvoirs publics ont également leur part de responsabilité dans ce déficit de pédagogie.

Non, les diagnostics, quels qu’ils soient, ne sont pas de simples obligations réglementaires. Ils sont fondamentalement utiles. Et même indispensables aujourd’hui. Parce qu’ils participent à la transparence des transactions et à l’adaptation du parc immobilier face au réchauffement climatique. Ce message est trop souvent passé sous silence.

Des outils à améliorer, pas à supprimer

Dans un contexte de nouvelle flambée des coûts des énergies, après un été encore caniculaire, alors que le réchauffement climatique est désormais perceptible de tous, peut-on imaginer acheter ou louer un bien sans cette précieuse information sur le confort d’été ou sur les travaux à mener pour mettre le logement ou l’immeuble aux nouveaux standards exigés ? 90% du parc immobilier devra être adapté dans les prochaines décennies, et aujourd’hui, il n’est plus permis de reporter ce chantier. On le sait, on le voit déjà : le coût de l’inaction sera plus important.

Comment rénover sans connaître l’état du parc, sans diagnostics ? Nous avons besoin d’outils pour sensibiliser, informer et guider les propriétaires. Le DPE, l’audit énergétique, le PPPT et, plus généralement, les autres diagnostics y contribuent. Mieux, ils sont identifiés et entrés dans les mœurs pour beaucoup. Qui achète en 2026 sans au moins regarder son DPE ? Quel investisseur se montre indifférent au PPPT ou au DTG avant un achat en
copropriété ?

Renoncer aux outils qui permettent de connaître l’état du parc et de planifier sa rénovation, c’est prendre le risque d’abdiquer face au changement climatique. Il ne s’agit pas de défendre le statu-quo mais de construire une trajectoire réaliste, avec une meilleure prise en compte des contraintes économiques, sans renoncer à l’information des acquéreurs et des propriétaires. Les diagnostics sont sans doute loin d’être parfaits. Ils peuvent encore gagner en efficacité et en simplicité pour mieux informer, mieux sensibiliser, sans alourdir la facture
pour le propriétaire. Nous sommes prêts à travailler dessus.

Nous ne défendons pas chaque ligne d’une réglementation qui serait devenue intouchable dans un monde qui évolue à vitesse grand « V ». Nous défendons un principe de base selon lequel on ne peut pas améliorer le parc immobilier en renonçant à le connaître.